Allongés,
nos bras sur l’herbe douce,
j’ai
la tête au creux, là, juste bien.
Allongés,
j’ai la tête au bord de tes lèvres.
J’ai
au creux de ta langue le goût de la fin de l’été.
Tes
bras dans mes bras sur l’herbe et sur nos bouches,
l’été
qui s’étire, allongé, l’été qui s’endort.
J’ai
la vision exacte de ton sourire entre mes bras.
Ton
sourire et puis le ciel qui dévire.
Quelque
part entre le souffle et l’absence, quelque chose s’effondre.
Les
collines autour, les nuages qui me tournent le dos.
Une
ombre sur ma bouche m’empêche de dire ton nom, l’été devient froid.
D’ailleurs
c’est étrange ce soleil qui s’échappe,
ce
soleil en morceaux autour de nous.
Plus
jamais, c’est comme une chute infinie.
Je
sais que tu m’appelles mais je ne sens plus tes mains.
Tu
m’appelles et je ne sais plus mon nom.
A
moins que ça ne soit…. Encore !
Un
beau jour pour partir, allongé, oublié, juste bien.
Mur,
mur, mur, murmure.
Un
fruit mûr, un homme mûr, poussent le mur.
Un
arbre mort, un homme mort, poussent la mort.
Une
eau pure, un cœur pur , passent la mort, sautent le mur.
Un
champ vide, un corps vide, passent leur tour.
Le
tour du mur, le trou des morts.
Un
vide pur, mûr à point, mûr à mort passe au loin.
Chaque
nuit je m’expose, toutes les nuits me décomposent.
Chaque
matin je quitte mes impasses et je refais surface.
Chaque
jour.
Raser
la table, puis raser les murs, puis raser la figure.
Ensuite
manger la table, manger les murs et manger la figure.
Ainsi
sans figure être un imposteur. Ainsi perdre son visage.
Sur
ce vide naissant, imposer les mains, dévisager son envergure.
Puis
échapper à ses étreintes, couper ses mains, couper les liens.
Vider
le sens du vide dans le couloir, saigner le vide à blanc, le traîner.
Alors
vider la vie dans la baignoire.
Alors
vider la mort dans la baignoire.
Alors
l’air de rien ranger les murs.
Finalement
laver la table.
Les
chaises vont trop vite.
Aujourd’hui
n’est pas le jour du dimanche d’entre les lignes.
Je
ne voulais pas vous dire que les chaises allaient trop vite.
Mais
c’est dit! Les chaises vont trop vite derrière mon dos.
Quand
aux murs, mes amis,
ils
chuchotent au fond du couloir ouvert en deux.
Je
les apprends parfois.
Ils
me jettent des regards exténués,
comme
si ma peau s’était décollée au dos de leur papier fané.
Tiens
au fait, c’est jour de fête car j’ai mangé ma main.
Oui,
je l’ai mangée ce matin avec mon chagrin.
Mais
mon chagrin il m’en reste encore,
il
en reste encore bien assez pour demain.
Le
docteur dit que je souffre d’un délire de percussion.
Mais
il se perd comme n’importe lequel !
D’ailleurs
je suis navré,
navré
d’un délire de précision dont je ne voulais pas.
Je
ne voulais pas vous perdre,
alors
navré de ne pas vous sauver de ce jour de fête.
C’est
ce froissement
Le
vent qui ne souffle pas
Mon
cœur qui se tait
Au
feu de ta bouche
Qui
laisse dans mes bras nus
Le
vent soupirer
Si
j’étais amer
Peau
très douce sur ta langue
Recracherais-tu ?
Lèvres
timides
Et
le soleil qui s’ouvre
Source
sous nos langues
Un
soleil trop grand
Déborde
de tes yeux clos
Caresse
immobile
Parti
et soudain
Comme
j’étais ailleurs que moi
J’ai
fermé les yeux
Demain
le soleil
Aura
perdu toute ombre
De
nos mains heureuses
Cette
ombre qui passe
Nue
sous le pli de la nuit
Une
trace d’oubli
Un battement
le lecteur : « à gauche en sortant de l’ascenseur, il y a mon cœur. »
l’auteur : « C’est écrit : il y a un cœur. Relis encore une fois. »
le lecteur : « A gauche en sortant de l’auteur, il y a un cœur. »
l’auteur : « Sois attentif ! c’est écrit : l’auteur a un cœur. Allez recommence. »
le lecteur : « L’auteur a un haut le cœur en sortant du texte. »
l’auteur : « Non ! Non ! Ne sort pas de la feuille, reste là. C’est écrit : en sortant du texte, l’auteur perd son cœur. Relis encore. »
le lecteur : « Au delà de la page, il n’y a plus de cœur. »
l’auteur : « C’est écrit : au delà de cette feuille, il n’y a plus d’auteur. Pourquoi tu parles encore de ton cœur? Fais attention ! Allez reprends. »
le lecteur : « Au delà de l’auteur battent d’autres cœurs. »
« Au delà des cœurs battent d’autres limites. »
« Au delà des limites battent… »
l’auteur : « Stop ! tu vas trop vite, tu sors du texte. »
« C’est écrit : l’auteur s’arrête »
« C’est écrit : le texte s’arrête »
« C’est écrit : le lecteur s’arrête »
« C’est écrit : le cœur s’arrête !»
Flotter !
Dans la toute première chaleur, la belle chaleur tout contre, tout contre
animal, blottir la maman, l’animal de maman chaleur.
Au
centre de maman, rester dans le tout dedans qui le ventre. Rester au bord de
dedans, au dedans de la terre de maman. Dormir encore le monde de maman avant de
partir de tout contre. Avant de quitter le corps de la terre si bonne, si bonne
de pleine chaleur de partout. Garder le temps chaleur, bercer le temps de maman.
Un
jour, défaire un peu. Défaire un peu de toute la tête d’abord. Toute la tête
dehors en premier, pour le sentir ailleurs, pour le sentir le ailleurs du monde.
Défaire, mais c’est déjà trop prés du froid. Mais c’est penché déjà
un peu trop tout entier, penché un peu trop de partir.
Mais
c’est déjà trop partir, trop pour toujours. Mais alors ça affole, ça
affole comme le froid qui entre le dedans et dehors et encore de partout !
Ça
affole de partout le cœur dans la tête aussi. Ça affole le monde.
Et
puis c’est perdu. C’est comme alors perdu le monde.
Ça,
le cœur, le monde, l’animal de maman, c’est tout perdu !
Perdu
c’est dans la gorge. Perdu c’est comme tout petit. C’est comme sans le
monde. Soudain tout le vide d’ailleurs c’est dans la gorge. Tout le vide
ailleurs que maman dedans.
Quelque
part bien en soi, oublier la toute première chaleur.